lundi 16 juillet 2018

Newsletter de Synergies Européennes - 16 juillet 2018

 
Newsletter de « Synergies Européennes » - 16 juillet 2018

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En ordre inverse :

1)       L’excellente revue de presse de Pierre Bérard (sur Soros, Mathieu Bock-Côté, Stephen Smith, l’ambassadeur Eric Fournier et Thomas Guénolé, etc.).

2)       Un entretien avec le député européen Mario Borghezio (Lega) sur la nouvelle politique italienne opposée aux migrations de masse.

3)       Une présentation magistrale des thèses du psychiatre polonais Andrew Lobaczewski, qui a démontré que le personnel politique au pouvoir basculait souvent dans la folie dangereuse. Par Michel Drac.

4)       Edouard Rix présente l’œuvre de Zygmunt Bauman, complémentaire de celle de Carl Schmitt, dans la mesure où il déplore la « liquidité » du monde moderne.

5)       Toujours Edouard Rix sur la géostratégie de Zbigniew Brzezinski.

6)       Script des déclarations de Robert Steuckers aux journalistes russes de Channel 5, à l’occasion du dernier sommet de l’OTAN à Bruxelles.

7)       Le débat tenu à Lille entre Jean-Michel Vernochet et Robert Steuckers sur Mai 68, dans le cadre des « Libres émissions de J. M. Vernochet ».

8)       Une note du journal allemand « Zuerst » sur la décision du Congrès américain de saboter le gazoduc de la Baltique qui doit alimenter l’Allemagne en gaz russe.

9)       Une émission du Cercle Aristote qui a invité le philosophe Philippe Forget pour parler de la puissance et des réseaux techniques.

10)   Une note du journal allemand « Zuerst » sur les vingt-deux traités commerciaux que l’Allemagne vient de signer avec la Chine dans le cadre des projets de « nouvelles routes de la Soie ».

11)   Une note du journal « Zuerst » sur l’intervention ukrainienne dans la stratégie du boycott américain du gazoduc de la Baltique.

vendredi 13 juillet 2018

"Europa" de Robert Steuckers par Gwenaël Corm




"Europa" de Robert Steuckers

par Gwenaël Corm

Ex: http://lesocle.hautetfort.com 

Fruit d'un travail long de plusieurs années, Europa est une trilogie consacrée à l'Europe, analysée sous l'angle géopolitique. Porté par le temps et l'espace longs, le travail de Robert Steuckers a pour ambition de fournir des solutions pour le désenclavement de l'Europe. Tétanisée, prise en étau entre une Asie inaccessible et une Amérique hégémonique, l'Europe est également prisonnière de son univers mental, l’empêchant de prendre conscience d'elle-même et inhibant tout réflexe de puissance ou même de survie. Et comme nous l'explique Robert Steuckers, c'est précisément la position précaire de l'Europe, petit promontoire à l’extrême ouest du continent eurasiatique, qui façonna l'histoire de l'Europe et la mentalité européenne.

De la méditation de notre histoire et analysant les rapports de force animant le monde contemporain, Robert Steuckers recherche les pistes d'une renaissance européenne, tant culturelle que géopolitique et nous livre ici le résultats de ses réflexions. "Europa" est un plaidoyer civilisationnel comme il en existe encore trop peu aujourd'hui. De nos plus lointains ancêtres à la conquête de l'espace, l'esprit qui doit nous animer est contenu dans ces trois tomes dont le SOCLE vous livre à présent la critique positive.

Par Gwendal Crom, pour le SOCLE

La trilogie est disponible auprès des "éditions BIOS". Pour toute commande: https://editionsbios.fr

Selon la formule consacrée, on ne présente plus Robert Steuckers. Aux côtés d’Alain de Benoist, de Guillaume Faye et de Dominique Venner, Robert Steuckers fait partie des piliers de la « Nouvelle Droite » dont le mouvement identitaire dans son ensemble revendique aujourd’hui l’héritage. 

Après avoir participé à l’aventure du GRECE, Robert Steuckers va fonder Synergies européennes, réorientant la pensée de la « Nouvelle Droite » vers la géopolitique et cherchant à tisser de nouvelles solidarités à travers toute l’Europe. 

Il est donc deux sujets, deux préoccupations qui constituent le cœur de la pensée de Robert Steuckers : l’Europe et la géopolitique. Deux sujets qui en vérité n’en forment qu’un car comme l’explique de sa conférence lilloise du 9 mars 2019, l’Europe est une civilisation politique, fortement déterminée par son environnement, climatique, géographique certes, mais aussi humain. Les menaces qu’ont fait et font toujours peser ses voisins sur l’Europe a fortement modelé l’histoire, la mentalité de nos peuples. C’est pourquoi Robert Steuckers nous en averti d’emblée, penser l’Europe comme un isolat qui se limiterait à l’actuelle Union Européenne est une grave erreur. 

Le plus grand des maux dont a souffert l’Europe à travers l’histoire est son enclavement. S’il ne fallait donc retenir qu’un seul terme à même de résumer l’ambition pour l’Europe de Robert Steuckers, ce serait celui de « désenclavement ». Car comme il le souligne, l’Europe a chaque fois été en retrait, en position de faiblesse, lorsqu’elle était enclavée. Rappelant les figures de Marco Polo et d’Ivan le terrible ou la découverte de l’Amérique, Robert Steuckers nous montre que l’Europe ne fut jamais grande que lorsqu’elle brisa cet enclavement. Comme nous le verrons par la suite, l’Europe souffrira longtemps de ses divisions et de ses égoïsmes. Sept siècles pour reconquérir totalement l’Espagne, deux siècles entre la prise des Balkans par les Ottomans et la bataille de Lépante. Et à chaque fois, une Europe dont les souverains s’écharpent, se désintéressant du contrôle de la Méditerranée, abandonnant la Hongrie et Constantinople, complotant les uns contre les autres (culminant dans l'ignominie avec l'alliance franco-turque de 1536 établie entre François 1er et Soliman le Magnifique). Au-delà des avertissements que nous livre la méditation de l'histoire et que Robert Steuckers partage avec nous, l'auteur cherche donc des pistes de notre désenclavement.



Europa compile ainsi plusieurs dizaines de textes et d’interventions de Robert Steuckers consacrés à l’histoire et la destiné de notre continent. Le tout est divisé en trois tomes. Le premier, Valeurs et racines profondes de l’Europe, se fixe pour but de lister les caractéristiques, les valeurs de l’esprit européen nées durant l’Antiquité. Pour Robert Steuckers, il s’agira donc pour tout travail métapolitique de revivifier ces valeurs dans le cœur des Européens pour permettre leur renaissance et ainsi de renouer avec la puissance. On ne manquera de remarquer ici que l’esprit européen, à rebours de son enclavement géographique actuel, est comme enclavé à l’extérieur. Il n’a pas su tel Ulysse revenir chez lui, à la source qui l’a vue naître, condamné ainsi à vagabonder de par le monde, s’extasiant sur ce qu’il n’est pas, se revendiquant de grands principes et concepts désincarnés, impersonnels. Ainsi devons-nous revenir à nous-mêmes pour repartir à l’assaut du monde. Non pour le dominer mais pour que notre horizon, qu’il soit géopolitique ou mental cesse d’être un mur.

Le second tome, appelé De l’Eurasie aux périphéries, une géopolitique continentale, poursuit cette volonté de désenclavement. Conscient que ce sont les grands espaces et les grands ensembles qui fondent la marche du monde et les rapports de forces, Robert Steuckers en appelle à une grande politique eurasiatique, prolongée par une démarche géopolitique multipolaire bienveillante envers les espaces perse, indien et chinois.

Le troisième tome : L’Europe, un balcon sur le monde, analyse en profondeur les grands ensembles civilisationnels auxquels est confronté l’Europe. Des Balkans au Pacifique, ce tour du monde historique et géopolitique est l’occasion pour le lecteur de prendre conscience que l’Europe n’est qu’un sous-continent, à l’extrême-ouest du continent eurasiatique, que le monde au-delà de ses marches (de plus en plus mal défendues qui plus est) tourne et fait tourner des masses de plus en plus grandes, qu’elles soient démographiques, économiques, industrielles, scientifiques. Prendre conscience que derrière ce mur que nous voulons abattre se trouve un monde (des mondes) auquel il faudra être préparé.

La présente critique positive se concentrera sur le premier tome, dont le titre est nous le rappelons : Valeurs et racines profondes de l’Europe. Nous traiterons les deux tomes suivants lors de prochaines critiques positives.

Toute la démarche de Robert Steuckers se fait sur le temps et l’espace longs. Il s’agit de trouver les permanences qui permettent de penser le présent, non pour vouloir répéter à l’identique les gestes et les situations d’autrefois mais pour trouver l’inspiration, les exemples permettant de se confronter au monde comme nos ancêtres surent le faire. Et comme nous l’avions dit en introduction de cette critique positive, pour Robert Steuckers, les valeurs européennes sont en grande partie d’essence (géo) politique, façonnées, dictées par ses environnements interne comme externe. Ainsi le rappelle l’auteur page 15 : « L’identité géopolitique européenne est donc ce combat plurimillénaire pour des frontières stables et « membrées », pour le libre passage vers le cœur de l’Eurasie, qu’avait réclamé Urbain II à Clermont-Ferrand en prêchant la première croisade. L’identité culturelle européenne est cette culture militaire, cet art de la chevalerie, hérités des héros de l’ère avestique. L’identité culturelle européenne est cette volonté d’organiser l’espace, l’ager des Romains, de lui imprégner une marque définitive. Mais aujourd’hui, où en est-on ? Quelle est notre situation objective ? ».

Nous parlons de géopolitique, donc de rapport de forces, donc de grands espaces. La notion d’empire est donc centrale pour comprendre la pensée de Robert Steuckers et plus généralement la marche du monde. Cette notion d’empire, fondamentale, trouvera son expression dans l’Empire romain sous nos latitudes, avec l’empire sassanide parthe en Perse et l’empire Gupta en Inde. Ces trois empires formant une chaîne de l’Atlantique à l’océan indien, empire qui s’effondreront devant les Huns, les Arabes, les Mongols et les Turcs. Effondrement qui privera l’Europe d’accès à l’Asie comme durant le Moyen-âge et la Renaissance.

Mais aujourd’hui, quid de la notion d’empire ? Elle est plus que jamais d’actualité. Parler d’empire américain a un sens mais pas exactement celui auquel on pourrait s’attendre. En effet, tels les Romains autrefois, les Américains ont compris l’importance de contrôler les grands axes de communications et les centres névralgiques avec entre autres les Balkans et le Danube (nécessaires pour avoir accès à l’Asie). Tels les Romains, la volonté des Américains se veut bien évidemment hégémonique mais il n’en reste pas moins que de l’avis même de certains hauts responsables américains, ce n’est pas aux Romains que les Américains doivent être comparés mais bel et bien aux Mongols. Certains s’étonneront de cette comparaison et pourtant… Page 7 peut-on ainsi lire : « Brzezinski n’a pas hésité à dire que les Américains avaient pour but d’imiter les Mongols : de consolider une hégémonie économique et militaire sans gérer ni administrer le territoire, sans le mailler correctement à la façon des Romains et des Parthes. L’Amérique a inventé l’hégémonie irresponsable, alors que les trois grands empires juxtaposés des Romains, des Parthes et des Gupta visaient à une organisation optimale du territoire, une consolidation définitive, dont les traces sont encore perceptibles aujourd’hui, même dans les provinces les plus reculées de l’empire romain : le mur d’Hadrien, les thermes de Bath, le tracé des villes de Timgad et de Lambèze en Afrique du Nord sont autant de témoignages archéologiques de la volonté de marquer durablement le territoire, de hisser peuples et tribus à un niveau de civilisation élevé, de type urbain ou agricole mais toujours sédentaire. Car cela aussi, c’est l’identité essentielle de l’Europe. La volonté d’organiser, d’assurer une paix féconde et durable, demeure le modèle impérial de l’Europe, un modèle qui est le contraire diamétral de ce que proposent les Américains aujourd’hui, par la voix de Brzezinski. Rien de tel du côté des Mongols, modèles des Américains aujourd’hui. Nulle trace sur les territoires qu’ils ont soumis de merveilles architecturales comme le pont du Gard. Nulle trace d’un urbanisme paradigmatique. Nulle trace de routes. La dynamique nomade des tribus hunniques, mongoles et turques n’aboutit à aucun ordre territorial cohérent, même si elle vise une domination universelle. Elle ne propose aucun « nomos » de la Terre. Et face à cette absence d’organisation romaine ou parthe, Brzezinski se montre admiratif et écrit : « Seul l’extraordinaire empire mongol approche notre définition de la puissance mondiale ». »


 Vue aérienne du site de Tigad en Algérie

Ainsi l’Europe doit-elle revenir à la notion fondamentale d’empire et pouvoir opposer un empire européen à l’empire américain « mongolomorphe ». Et cela, pas uniquement pour des raisons de rapport de force. En effet, seul un empire permettrait d’articuler les différentes composantes, qu’elles soient culturelles ou politiques de l’Europe. Un empire étant fondé par définition sur l’agglomération de plusieurs peuples, il serait la solution au problème de transition politique dont ne savent plus sortir les Européens, bloqué entre le fédéralisme sans Etat ni gouvernement central de l’UE et le retour en arrière, abusivement appelé souverainiste, que portent les mouvements populistes d’Europe. Comme l’explique bien Gérard Dussouy dans Contre l’Europe de Bruxelles, fonder un Etat européen, il n’existe point de souveraineté sans puissance. Et comme le rappelle Robert Steuckers en ouverture du chapitre X : « L’horizon du politique, de tout dynamisme politique constructif, n’est plus l’Etat-nation fermé, qu’il soit centralisé ou fédéral, mais les limites géopolitiques du continent européen ». L’empire européen donnerait à notre continent la masse critique démographique, économique, industrielle et financière lui permettant de renouer avec la puissance et donc la souveraineté. Un empire européen articulé selon le principe de subsidiarité, un empire empreint d’une véritable verticalité, incarné dans les peuples et l’histoire de l’Europe.

Mais vouloir la puissance pour la puissance serait une erreur, Robert Steuckers nous le rappelle. Tout projet européen doit avoir pour horizon le désenclavement de notre continent. Ainsi, voici pour l’auteur les priorités que devrait se fixer un empire européen en termes géopolitiques:

Reprendre le contrôle ou s’assurer un accès :
  • Au Danube
  • Au Caucase (avec la Russie)
  • Au Cachemire (avec la Russie et l’Inde) 
Faire refluer les puissances concurrentes :
  • Dans les Balkans
  • Sur le Danube (troupes américaines)
  • A Chypre (expulsion des Turcs)
Et pour les mêmes raisons :
  • Aider les Kurdes et les Arméniens contre les Turcs et leurs alliés
  • Faire de l’Inde un partenaire privilégié en particulier dans sa lutte contre le Pakistan et son allié étasunien.
  • Adopter une véritable politique spatiale (satellites) et maritime (tant d’un point de vue économique que militaire)
  • Affirmer une véritable indépendance militaire
  • Détricoter les archaïsmes de l’UE qui empêchent l’Europe de renouer avec la puissance

A présent, penchons-nous sur les recommandations de Robert Steuckers en termes d’organisation du pouvoir politique. Quelle forme devrait prendre cet empire européen selon lui ?

Comme dit précédemment, il s’agit pour Robert Steuckers d’alléger la bureaucratie européenne et de recentrer le pouvoir européen sur les missions pour lesquelles il sera plus compétent que les Etats seuls et notamment l’armée, la diplomatie et la monnaie, trois leviers de souveraineté fondamentaux permettant d’assurer l’indépendance de l’Europe. Sur les autres tâches, ce doit être aux Etats ou aux régions de décider. Subsidiarité encore une fois. Robert Steuckers nous parle ici de ce qu’il appelle la conjonction « Unité législative – pluralité administrative ». Et à ceux qui craindraient que les Etats d’Europe perdent ainsi toute souveraineté, Robert Steuckers prend le cas de l’Allemagne en exemple. En effet, si toute personne suivant un tant soit peu la politique connait le Bundestag, la plupart ne savent que rarement ce qu’est le Bundesrat et son rôle dans la politique allemande. Si le Bundestag est le parlement fédéral qui exerce le pouvoir législatif et élit le chancelier fédéral, le Bundesrat constitue la chambre des régions (les fameux Länder). Toute initiative législative doit être présentée au Bundesrat avant de l’être devant le Bundestag. De plus, et c’est la chose la plus remarquable qu’il nous faut retenir, c’est que le Bundestag a droit de veto absolu sur les propositions de législation relevant de son autorité et dispose d’un veto suspensif sur tout autre type de législation. Un tel mode de fonctionnement serait ici parfaitement adapté à un Etat européen qui laissera le pouvoir aux Etats. Il s’agira alors de garder le parlement européen actuel en tant que parlement fédéral et de créer une chambre des nations qui, par le biais de la majorité de ses membres, pourrait stopper toute loi qui ne serait pas dans l’intérêt de l’ensemble des nations européennes. Un tel dispositif parlementaire permettrait d’allier efficacité et respect des souverainetés nationales tout en empêchant qu’une minorité de pays bloquent l’ensemble de l’Europe. Car oui, le droit de veto serait collectif et ne serait pas donné individuellement à chaque Etat. A chacun d’être cohérent. Il n’existe pas de différence d’un point de vue politique entre l’absence d’Europe et une Europe des nations qui seraient totalement indépendantes les unes des autres. 



Robert Steuckers a bien conscience que dépasser les antagonismes nationaux, les intérêts égoïstes de nos gouvernements sera long et difficile. La pensée européenne elle aussi est enclavée, enclavée à l’intérieur de ses nombreuses frontières qui sont autant les symboles de gloires passées que d’un futur perclus. Beaucoup des nôtres sont encore incapables de sortir du paradigme stato-national, confondent (sciemment ou non) Europe et Union Européenne, Union Européenne et véritable gouvernement européen. Beaucoup ne comprennent pas que le génie français par exemple est ce qui permettait à notre chère nation de faire la différence face à des adversaires à sa taille mais n’est en aucun cas ce qui donne à David le pouvoir de terrasser Goliath. Beaucoup ne comprennent pas que les recettes d’hier ne s’appliquent pas à demain. Seul notre environnement et les capacités dont nous disposons peuvent dicter ce qui nous sera possible d’accomplir comme le rang que nous pourrons atteindre. Et donc de dicter la politique que nous devons mener pour rester souverains. Ne seront souverains que des Européens, qu’ils soient Français, Allemands, Lituaniens ou Italiens. Mais individuellement il n’y aura pas de souveraineté pour eux et ils seront condamné à se mettre sous la férule d’un des grands blocs qui domineront demain le monde multipolaire qui se dessine sous nos yeux chaque jour un peu plus. 

Une fois un tel Etat mis en place donc, une fois qu’une véritable volonté impériale animera l’Europe, quelles devront être les grandes décisions, les grandes orientations qu’il devra prendre ?

Tout d’abord, tout ce qui permettra d’assurer son indépendance. Cela implique une armée puissante passant par le développement de son industrie de l’armement et de l’Eurocorps qui permettra une sortie de l’OTAN, une politique spatiale (y compris et surtout militaire) et maritime ambitieuses, un aménagement du territoire, une indépendance énergétique passant entre autres par une diversification des sources d’énergie et un partenariat stratégique avec la Russie. Impériale, l’Europe pourra à nouveau envisager la géopolitique avec un point de vue plus pragmatique, à l’exemple de celui des Chinois, à rebours de l’universalisme américain que suivent aujourd’hui les Européens. Page 244, Robert Steuckers rappelle les grands principes qu’appliquent encore aujourd’hui les Chinois en matière de géopolitique :

« 
  • Aucune immixtion d’Etats tiers dans les affaires intérieures d’un autre Etat. Cela signifie que l’idéologie des droits de l’homme ne peut être utilisée pour susciter des conflits au sein d’un Etat tiers. Le général Löser qui, immédiatement avant la chute du mur, militait en Allemagne pour une neutralisation de la zone centre-européenne (Mitteleuropa), défendait des points de vue similaires ;
  • Respect de la souveraineté des Etats existants ;
  • Ne jamais agir pour ébranler les fondements sur lesquels reposaient les stabilités des Etats ;
  • Continuer à travailler à la coexistence pacifique ;
  • Garantir à chaque peuple la liberté de façonner à sa guise son propre système économique
»

En termes économiques justemment, Robert Steuckers préconise d’abandonner le libéralisme effréné pour un ordo-libéralisme où l’Etat européen aurait toujours le dernier mot et dont l’inspiration générale serait l’investissement plutôt que la spéculation. Toute politique économique doit être un instrument de puissance comme le rappelle Robert Steuckers qui cite le cas de Bruno Gollnisch qui (page 242) : « a proposé une politique européenne selon trois axes : premièrement, soutenir Airbus, afin de développer une industrie aéronautique européenne indépendante de l’Amérique ; deuxièmement, développer « Aérospace » afin de doter l’Europe d’un système satellitaire propre ; troisièmement, soutenir toutes les recherches en matière énergétique afin de délivrer l’Europe de la tutelle des consortia pétroliers dirigés par les Etats-Unis. Un programme aussi clair constitue indubitablement un pas dans la bonne direction ». Rien de bien étonnant de la part de cet homme politique car celui qui fait sien le principe de souverainisme sera naturellement amené à penser en termes européens.

Mais, et c’est également ce qui doit être retenu de cet ouvrage, Robert Steuckers appelle à faire l’Europe sur le savoir et la culture plutôt que sur l’économie. Ne serait-ce que parce que les intérêts individuels de chaque état européen ne convergent pas nécessairement. Robert Steuckers nous assène une vérité que l’on serait bien en mal de croire tant elle est paradoxale : les Européens d’aujourd’hui ont plus de mal à communiquer que les Européens d’hier. Certes, nous avons intensifié nos échanges économiques, bâti des géants industriels tels Airbus et Ariane, certes nous avons mis en place de nombreux programmes d’échange et de coopération dont l’un des plus emblématiques exemples est bien évidemment Erasmus mais les Européens ayant perdu en substance, il nous est bien difficile de partager quoi que ce soit de véritablement profond. Il y a encore de cela quelques décennies, tous les Européens éduqués avaient fait leurs humanités et avaient reçu l’enseignement du grec et du latin. Le grec et le latin soit les deux langues mères de notre civilisation. Aussi vrai qu’une langue offre un rapport spécifique au monde (car l’on ne pense pas exactement de la même manière en anglais ou en français, en allemand ou en espagnol) la connaissance de ces langues impliquait nécessairement et également d’avoir lu les textes qui les portaient. Et les jeunes Européens d’alors lisaient des poèmes de la Rome antique, l’Iliade et l’Odyssée, les textes décrivant la vie des Romains ou des Spartiates. Un imaginaire, une mémoire commune se dessinaient alors, par-delà les différentes histoires nationales et les antagonismes qui parfois nous séparaient. Et dans cet imaginaire et cette mémoire surgissaient des exemples à suivre ! Qui aujourd’hui lit encore De viris illustribus urbis Romae ?

Pour Robert Steuckers (page 195) : « Pour sortir de ce paradoxe, de cette impasse, l’Europe devrait pouvoir parier sur la culture, sur nos universités, sur un retour aux racines communes de notre civilisation et ensuite, dans un deuxième temps, se donner une arme militaire et diplomatique commune pour s’imposer comme bloc sur la scène internationale. Les fonctions juridiques-sacerdotales et militaires-défensives sont plus à même de faire rapidement l’Europe, à moindre frais et sans lourdeur administratives. La fonction appelée par définition à gérer un divers sans cesse mouvant, soumis à des aléas naturels, climatologiques, conjoncturels et circonstanciels : vouloir à tout prix harmoniser et homogénéiser cette fonction est un véritable travail de Sisyphe. Jamais on n’en viendra à bout. Les fonctions juridiques-administratives, la défense et l’illustration d’un patrimoine culturel à l’échelle d’une civilisation, l’écolage d’une caste de diplomates capables de comprendre le destin global du continent, l’élaboration d’un droit constitutionnel respectant les réalités locales tout en s’inscrivant dans les traditions européennes de fédéralisme et de subsidiarité, la formation d’officiers comprenant que les guerres inter-européennes ne peuvent déboucher que sur des carnages inutiles, la création d’une marine et d’un réseau de satellites militaires et civils sont des tâches qui visent le long terme. Et qui peuvent susciter les enthousiasmes mais non les mépris, car tout ce qui est procédurier et administratif, trop simplement gestionnaire, suscite le mépris… »

Le message est clair. Il faut sortir de l’administratif, du purement technique, du monde de la norme et de la réglementation. Ce n’est pas ainsi que l’on érige et que l’on préserve une civilisation. Ce n’est pas ainsi que l’on peut partir à la conquête de soi et du monde. Il faut se lancer dans de vastes politiques d’innovation, d’aménagement du territoire, lever une armée pan-européenne dirigée par des officiers conscient du monde tel qu’il est et non tel qu’il fut. Et pour emporter l’adhésion des foules, pour que l’Europe enflamme enfin le cœur de ses enfants, il faut miser toujours et encore sur la communication entre eux, intensifier les échanges entre jeunes Européens, faire des agences d’information européennes sur les sujets fondamentaux : économie, géopolitique, recherche, etc. Tous les grands défis qui nous font face doivent être traités sous l’angle européen car ces défis nous menacent collectivement. Il faut enfin, et nous conclurons sur ce point, réhabiliter l’homme politique. Car il ne faut pas tomber dans le piège que nous tend l’ultralibéralisme. Celui-ci ayant désarmé la plupart de nos représentants, les laissant sans pouvoir ni utilité, il serait stupide d’en déduire (et c’est le but, conscient ou non, de l’idéologie libérale) que l’homme politique est inutile par essence. Il faut, nous dit Robert Steuckers, si nous voulons reprendre le pouvoir, remettre sur un piédestal la figure de l’homme politique, incarnation de la « vertu », non pas au sens moral mais au sens romain du terme. C’est-à-dire, celle qui découle du vir, « l’homme mûr justement animé par la force physique et morale qui sied à un civis, à un citoyen romain, à un zoon politikon. » Et cela ne se fera que par une éducation comme les jeunes Romains de l’antiquité en recevaient. Une éducation centrée sur les humanités, destinée à forger des citoyens, soient des hommes animés de courage politique et prêt à servir la cité.

En conclusion, que retenir ? Que tout est à rebâtir mais que rien ne serait sans doute plus simple, plus naturellement réalisable que ce grand projet d’empire européen auquel nous convie Robert Steuckers. Prolongement historique et essentiel de notre continent, l’empire européen nous permettra de reprendre le cours de l’histoire, de la faire à nouveau plutôt que de la subir comme depuis maintenant plusieurs décennies. Cette Europe aura pour tâche d’élever à la conscience civilisationnel les jeunes Européens de demain et de se désenclaver à l’Est par un partenariat stratégique avec la Russie et à l’ouest en rejetant toute ingérence américaine. Ce monde multipolaire qui se lève aujourd’hui fera une place aux nôtres s’il le mérite. A nous de cultiver ce qui fit de nous ce que nous fûmes : des combattants, des chercheurs de vérité, des artistes, des conquérants, des hommes de sciences, des administrateurs hors-pairs, des poètes et des philosophes. A nous de cultiver ces forces impérissables dans le cœur de tout bon Européen : la grandeur et l’audace qui y mène.

Pour le SOCLE :

  • Il nous faut un empire Européen. Subsidiariste, fédéral, enraciné, animé par une véritable politique de souveraineté.
  • « Désenclavement » doit rester le maitre-mot de toute vision européenne de la puissance. L’Europe se condamne à la mort si elle ne parvient pas à briser les étaux américains et turcs, et à s’assurer un accès au reste du monde. L’Europe doit donc nouer des partenariats stratégiques, vitaux avec l’Inde, la Russie, l’Iran.
  • Il faut prendre conscience que l’Europe est menacée sur tous les fronts par les USA et que l’UE même est un outil de désunion créé par les Américains.
  • La volonté d’Europe ne date pas d’hier. Elle résulte d’une conscience aigüe d’appartenir à une civilisation commune et des menaces extérieures pesant sur elles. L’histoire montre que l’Europe a chaque fois chèrement payé ses divisions.
  • Il faut refonder anthropologiquement l’Europe. Par le retour de la vertu au sens romain du terme, par l’apprentissage d’une culture non-universaliste commune (latin, grec autrefois), par les échanges entre Européens, par l’européanisation des problématiques économiques, politiques, scientifiques, etc. et en se protégeant de l’influence culturelle néfaste des USA. Nous devons repenser notre spécificité et la protéger.

mercredi 11 juillet 2018

Summit-ul NATO și summit-ul Trump/Putin: mizele majore


Summit-ul NATO care se ține azi, 11 iulie 2018 și care va continua mâine la Bruxelles, va avea drept punct principal pe ordinea sa de zi voința afișată de Donald Trump de a obține de la partenerii, sau mai degrabă de la vasalii săi europeni ceea ce el numește „Fair Share”, adică o participare financiară mai mare a micilor puteri europene la bugetul NATO. Pentru Trump, țările europene consacră prea mulți bani „welfare”-ului și prea puțini armatelor lor. Este un refren pe care îl auzim de multă vreme din partea tuturor tenorilor americani ai atlantismului. Aceștia vor ca toate țările europene să aloce cel puțin 2% din PIB-ul lor chestiunilor militare. Statele Unite, angajate pe multiple fronturi beligerante, alocă 3,58% din PIB-ul lor cheltuielilor militare. În Europa, Grecia (care se teme mai ales de vecinul său turc și trebuie să-și securizeze insulele din arhipelagul egeean), Regatul Unit, Polonia, Estonia și România depășesc acești 2% ceruți de Trump. Franța alocă 1,79 % forțelor sale armate, Germania 1,22%. Evident, acești 1,22% din PIB-ul german sunt cu mult mai mult decât cei 2% alocați de țările mai puțin bogate. În ciuda celor 3,58% cheltuite de Statele Unite, să precizăm totuși că acest buget, desigur enorm, este într-o constantă scădere de câțiva ani.

Cerința americană se lovește de mai multe realități: mai întâi, Statele Unite au împiedicat fără încetare statele europene, de la crearea NATO, să-și dezvolte aviația militară, punând bețe în roată lui Dassault, Saab-ului, Fiat-ului etc. și interzicând renașterea uzinelor aeronautice germane. Dacă Europa ar fi primit din partea „suzeranului” său dreptul de a dezvolta propriile uzine aeronautice, bugetele sale militare, chiar reduse în aparență, ar fi permis consolidarea serioasă a armatelor europene, creând în același timp locuri de muncă de calitate pe piața forței de muncă; apoi, anumite cifre vorbesc de la sine: dacă adunăm bugetele militare ale principalelor puteri europene ale NATO (Regatul-Unit, Franța, Germania, Italia, Spania), acestea depășesc de departe bugetul Rusiei, considerată drept „inamic major”. Bugetul NATO, incluzând bugetul SUA, este deci excesiv din acest punct de vedere.

Multe voci estimează că această problematică a „Fair Share” este o perdea de fum care maschează problema reală: aceea a războiului comercial mocnit dintre Europa și Statele Unite. Scopul real al lui Trump și al „Deep State”-ului american este acela de a reduce importurile europene (și chinezești) ale SUA. Scopul lui Trump, lăudabil pentru un președinte american, este de a repune industria americană pe picioare, astfel încât să curețe societatea americană de problemele pe care le-a adus dezindustrializarea țării. Pentru Trump, dar și pentru predecesorii săi, UE ar impune bariere, în ciuda credo-ului său neoliberal, care ar împiedica SUA să exporte fără piedici produsele sale finite în Europa, așa cum făceau în cele două decenii care au urmat imediat după al doilea război mondial. UE este o problemă pentru elita financiară americană, pur și simplu pentru că ea este destul de (chiar dacă nu total) autarhică. Trump estimează că, în relațiile comerciale bilaterale, pierderile americane s-ar ridica la 151 de miliarde de dolari. Deficitul comercial dintre UE și Statele Unite ar fi actualmente de 91 de miliarde de dolari, în detrimentul Washingtonului. 

Alt punct pe agendă: eforturile care vor trebui făcute, după NATO, pentru ca Georgia să poată adera cât mai rapid posibil la Alianța Atlantică. Pe ordinea de zi a summit-ului de azi și de mâine aici, la Bruxelles, problema georgiană este evident cea mai interesantă de analizat. Strategia obișnuită a puterilor maritime, Anglia în secolului al XIX-lea și apoi Statele Unite care preiau ștafeta, este de a controla golfurile sau mările interioare care se adâncesc cel mai mult în interiorul masei continentale eurasiatice sau africane. Istoricul strategiilor navale engleze începând cu secolul XVII, amiralul american Mahan, se interesa deja de stăpânirea Mediteranei unde US Navy operase prima sa intervenție contra piraților din Tripolitania la sfârșitul secolului al XVIII-lea. Halford John Mackinder reia astfel, în principalele sale tratate de geopolitică, istoria stăpânirii Mediteranei de către britanici. În cadrul acordurilor Sykes-Picot și al declarației Balfour, englezii protestanți, imaginându-și a fi un „popor biblic”, acordă, împotriva opiniei compatrioților și contemporanilor lor conservatori, un cămin în Palestina pentru emigranții de confesiune mozaică. Scopul, pe care gânditorul sionist Max Nordau îl recunoștea deplin, era de a face din această entitate evreiască gardianul supra-înarmat al Canalului de Suez în beneficiul Imperiului britanic și de a crea un Stat-tampon între Egipt și actuala Turcie pentru ca Imperiul Otoman să nu mai renască niciodată. Războaiele recente din Golful Persic fac parte din aceeași strategie de control al mărilor interioare. Astăzi, evenimentele din Ucraina și voința de a include Georgia în dispozitivul NATO vizează a desăvârși opera lui Sykes și a lui Balfour, înstalând, de data aceasta în profunzimea Mării Negre, un Stat consolidat militar, la dispoziția talasocrațiilor. Adâncimea Golfului Persic, cea a Mediteranei și cea a Mării Negre ar fi astfel controlate toate în beneficiul politicii globale atlantiste, control care ar fi încă și mai întărit prin câteva noi baze în Marea Caspică. Cred că realmente acest punct de pe ordinea de zi este mult mai important decât dezbaterile din jurul „Fair Share” și al balanței deficitare a Statelor Unite.

Summit-ul Trump/Putin

După părerea multor observatori, summit-ul apropiat dintre Trump și Putin la Helsinki în Finlanda ar avea drept obiectiv principal să lase Siria Rusiei, după succesele armatei regulate siriene pe teren. Rămâne de văzut dacă Siria, lăsată lui Assad, va fi o Sirie trunchiată sau una întreagă, în frontierele de dinainte de oribilul război civil pe care l-a suportat din 2011. Obiectivul Statelor Unite și al Israelului pare a fi acela de a ține Iranul și satelitul său, Hizbollah-ul, în afara Siriei, putin, aparent, va consimți și deja oferă o alternativă Iranului care, încă de la primele imperii persane ale antichității, dorește să obțină o fațadă maritimă la Mediterana, direct sau indirect prin populații sau mișcări religioase interpuse. Putin îi oferă Iranului posibilitatea de împrumuta o rută prin Marea Caspică (de unde interesul recent al americanilor de a avea baze în această mare interioară, închisă), marea Azov, istmul Crimeii și Marea Neagră. Iranul preferă evident calea directă spre Mediterana, cea care trece prin Siria și partea șiită a Irakului. Dar dacă Iranul trebuie să renunțe la vârful său de lance care este Hizbollah-ul, Statele Unite ar trebui să renunțe, prin reciprocitate, la susținerea mișcărilor protestatare, adesea bizare, în Iran.

A doua condiție, pentru ca eliminarea din Siria a Iranului să fie credibilă: ar trebui de asemenea să fie eliminate din aceeași țară toate sechelele jihadismului salafit sau wahhabit. Or, se observă, în aceste luni din urmă, că aceste forțe jihadiste sunt alimentate și chiar instruite la început în baza americană de la al-Tanf pe frontiera siro-irakiană. Problemă pe ordinea de zi: Statele Unite vor părăsi ele această bază dintre Mediterana și Golful Persic sau vor rămâne acolo, tolerând pungi de rezistență jihadistă pe care le vor alimenta după interesele americane?

Obiectivul rușilor, în cadrul sirian, este de a salva viabilitatea economică a țării, de a redeschide marile axe de comunicație și de a le sustrage definitiv oricărei forme de război de mică intensitate (low intensity warfare), oricărei strategii lawrence-iene modernizată. Pentru a ajunge aici, Putin și Lavrov vor sugera fără nicio îndoială restabilirea unei Sirii suverane în frontierele din 2011, ceea ce implică curățarea țării de toate formele de jihadism, aduse de „Frații Musulmani” sau de Daesh și vor ruga Turcia să evacueze zonele pe care le ocupă în Nordul țării, de-a lungul frontierei. Hizbollah-ul, la rândul lui, a promis mereu că va evacua teritoriile siriene unde este prezent, imediat ce forțele jihadiste sunito-wahhabiste vor fi eliminate.

Trebuie constatat că proiectul rusesc corespunde desigur cu interesele tradiționale ale Rusiei, țariste, sovietice și putiniene, dar și cu interesele puterilor vest-europene cum ar fi Franța și Italia și chiar cu cele ale unei puteri germano-centrate sau austro-centrate care și-ar regăsi deplina suveranitate în centrul peninsulei europene.

Componenta georgiană a summit-ului NATO și viitoarele înțelegeri asupra Siriei, asupra prezenței iraniene în Siria, între Trump și Putin, mi se par mizele cele mai interesante ale actualității care se construiește și se va construi, azi și mâine, aici la Bruxelles.

Transcriptul dialogului de azi (ieri, n. tr.), 11 iulie 2018, acordat Canalului 5 (Moscova), prin Alexandra Lusnikova.
Traducere Cristi Pantelimon
http://euro-synergies.hautetfort.com/

Sommet de l’OTAN et sommet Trump/Poutine : que faut-il en penser ?

Par Robert Steuckers

Script de l'entretien d'aujourd'hui accordé à Channel 5 (Moscou), sous la houlette d'Alexandra Lusnikova

Le sommet de l’OTAN qui se tient aujourd’hui, 11 juillet 2018, et se poursuivra demain à Bruxelles, aura pour point principal à son ordre du jour la volonté affichée par Donald Trump d’obtenir de ses partenaires, plutôt de ses vassaux, européens ce qu’il appelle un « Fair Share », c’est-à-dire une participation financière accrue des petites puissances européennes dans le budget de l’OTAN. Pour Trump, les pays européens consacrent trop d’argent au « welfare » et pas assez à leurs armées. C’est une antienne que l’on entend depuis belle lurette de la part de tous les ténors américains de l’atlantisme. Ceux-ci veulent que tous les pays européens consacrent au moins 2% de leur PNB à la chose militaire. Les Etats-Unis, engagés sur de multiples fronts de belligérance, consacrent 3,58% de leur PIB à leurs dépenses militaires. En Europe, la Grèce (qui craint surtout son voisin turc et doit sécuriser les îles de l’archipel égéen), le Royaume-Uni, la Pologne, l’Estonie et la Roumanie dépassent ces 2% exigés par Trump. La France consacre 1,79% à ses forces armées ; l’Allemagne 1,22%. Evidemment, ces 1,22% du PIB allemand sont largement supérieurs aux 2% consacrés par des pays moins riches. Malgré les 3,58% dépensés par les Etats-Unis,  précisons toutefois que ce budget, certes énorme, est en constante diminution depuis quelques années.

L’exigence américaine se heurte à plusieurs réalités : d’abord, les Etats-Unis ont sans cesse, depuis la création de l’OTAN, empêché les pays européens de développer leurs aviations militaires, en mettant des bâtons dans les roues de Dassault, de Saab, de Fiat, etc. et en interdisant la renaissance des usines aéronautiques allemandes. Si l’Europe avait reçu de son « suzerain » le droit de développer ses propres usines aéronautiques, ses budgets militaires, même réduits en apparence, auraient permis de consolider sérieusement ses armées, tout en créant des emplois de qualité sur le marché du travail ; ensuite, certains chiffres parlent pour eux-mêmes : si l’on additionne les budgets militaires des principales puissances européennes de l’OTAN (Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Espagne), ceux-ci dépassent de loin le budget de la Russie, posée comme « ennemi majeur ». Le bugdet de l’OTAN, Etats-Unis compris, est donc pharamineux.

Bon nombre de voix estiment que cette problématique de « Fair Share » est le rideau de fumée qui masque le problème réel: celui de la guerre commerciale larvée entre l’Europe et les Etats-Unis. Le but réel de Trump et du « Deep State » américain est de réduire les importations européennes (et chinoises) vers les Etats-Unis. Le but de Trump, louable pour un Président des Etats-Unis, est de remettre l’industrie américaine sur pied, de manière à débarrasser la société américaine des affres qu’a laissées la désindustrialisation du pays. Pour Trump, mais aussi pour ses prédécesseurs, l’UE imposerait des barrières, en dépit de ses crédos néolibéraux, qui empêcheraient les Etats-Unis d’exporter sans freins leurs produits finis en Europe, comme ils le faisaient dans les deux décennies qui ont immédiatement suivi la seconde guerre mondiale. L’UE est un problème pour l’élite financière américaine, tout simplement parce qu’elle est largement (bien qu’incomplètement) autarcique. Trump estime que, dans les relations commerciales bilatérales, les pertes américaines, par manque à gagner, s'élèveraient à 151 milliards de dollars. Le déficit commercial entre l’UE et les Etats-Unis serait actuellement de 91 milliards de dollars, au détriment de Washington.

Autre point à l’agenda : les efforts qui vont devoir, selon l’OTAN, être déployés pour que la Géorgie puisse adhérer le plus rapidement possible à l’Alliance Atlantique. Dans l’ordre du jour du sommet d’aujourd’hui et de demain, ici à Bruxelles, la question géorgienne est évidemment le thème le plus intéressant à analyser. La stratégie habituelle des puissances maritimes, l’Angleterre au 19ième siècle et puis les Etats-Unis qui prennent son relais, est de contrôler les bras de mer ou les mers intérieures qui s’enfoncent le plus profondément à l’intérieur de la masse continentale eurasienne et africaine. L’historien des stratégies navales anglaises depuis le 17ième siècle, l’Amiral américain Mahan, s’intéressait déjà à la maîtrise de la Méditerranée où l’US Navy avait commis sa première intervention contre les pirates de Tripolitaine à la fin du 18ième siècle. Halford John Mackinder retrace aussi, dans ses principaux traités de géopolitique, l’histoire de la maîtrise anglaise de la Méditerranée. Dans le cadre des accords Sykes-Picot et de la Déclaration Balfour, les Anglais protestants, en imaginant être un « peuple biblique », accordent, contre l’avis de leurs compatriotes et contemporains conservateurs, un foyer en Palestine pour les émigrants de confession mosaïque. Le but, que reconnaissait pleinement le penseur sioniste Max Nordau, était de faire de cette entité juive la gardienne surarmée du Canal de Suez au bénéfice de l’Empire britannique et de créer un Etat-tampon entre l’Egypte et l’actuelle Turquie afin que l’Empire ottoman ne se ressoude jamais. Les guerres récentes dans le Golfe Persique participent d’une même stratégie de contrôle des mers intérieures. Aujourd’hui, les événements d’Ukraine et la volonté d’inclure la Géorgie dans le dispositif de l’OTAN, visent à parachever l’œuvre de Sykes et de Balfour en installant, cette fois au fond de la Mer Noire, un Etat, militairement consolidé, à la disposition des thalassocraties. Le fond du Golfe Persique, le fond de la Méditerranée et le fond de la Mer Noire seraient ainsi tous contrôlés au bénéfice de la politique globale atlantiste, contrôle qui serait encore renforcé par quelques nouvelles bases dans la Caspienne. Je pense vraiment que ce point à l’ordre du jour est bien plus important que les débats autour du « Fair Share » et de la balance commerciale déficitaire des Etats-Unis.

Le sommet Trump-Poutine

D’après maints observateurs, le sommet prochain entre Trump et Poutine à Helsinki en Finlande aurait pour objet principal de laisser la Syrie à la Russie, après les succès de l’armée régulière syrienne sur le terrain. Reste à savoir si la Syrie, laissée à Assad, sera une Syrie tronquée ou une Syrie entière, dans ses frontières d’avant l’horrible guerre civile qu’elle a subi depuis 2011. L’objectif des Etats-Unis et d’Israël semble être de vouloir tenir l’Iran, et son satellite le Hizbollah, hors de Syrie. Poutine, apparemment, y consentirai et offre d’ores et déjà une alternative à l’Iran qui, depuis les premiers empires perses de l’antiquité, souhaite obtenir une façade sur la Méditerranée, directement ou indirectement par tribus ou mouvements religieux interposés. Poutine offre à l’Iran la possibilité d’emprunter une voie par la Caspienne (d’où l’intérêt récent des Américains à avoir des bases dans cette mer intérieure et fermée), la Volga, le Canal Volga/Don, le Don (par Rostov), la Mer d’Azov, l’isthme de Crimée et la Mer Noire. L’Iran préfère évidemment la voie directe vers la Méditerranée, celle qui passe par la Syrie et la partie chiite de l’Irak. Mais si l’Iran doit renoncer à son fer de lance qu’est le Hizbollah, les Etats-Unis devraient renoncer, en toute réciprocité, à soutenir des mouvements protestataires, souvent farfelus, en Iran. Deuxième condition, pour que l’éviction hors de Syrie de l’Iran soit crédible, il faudrait aussi expurger définitivement la Syrie de toutes les séquelles du djihadisme salafiste ou wahhabite. Or, on observe, ces derniers mois, que ces forces djihadistes sont alimentés voire instruites au départ de la base américaine d’al-Tanf sur la frontière syro-irakienne. Question à l’ordre du jour : les Etats-Unis vont-ils quitter cette base terrestre entre la Méditerranée et le Golfe Persique ou y rester, en tolérant des poches de résistance djihadiste qu’ils alimenteront au gré de leurs intérêts ?

L’objectif des Russes, dans le cadre syrien, est de sauver la viabilité économique du pays, de rouvrir les grands axes de communication et de soustraire définitivement ceux-ci à toute forme de guerre de basse intensité (low intensity warfare), à toute stratégie lawrencienne modernisée. Pour y parvenir, Poutine et Lavrov suggèreront sans nul doute le rétablissement d’une Syrie souveraine dans ses frontières de 2011, ce qui implique de purger le pays de toutes les formes de djihadisme, portées par les « Frères Musulmans » ou par Daesh et de prier la Turquie d’évacuer les zones qu’elle occupe au Nord du pays, le long de sa frontière. Le Hizbollah, lui, a toujours promis d’évacuer les territoires syriens où il est présent, dès que les forces djihadistes sunnito-wahhabites en auront été éliminées.

Force est de constater que le projet russe correspond certes aux intérêts traditionnels de la Russie, tsariste, soviétique ou poutinienne, mais aussi aux intérêts des puissances ouest-européennes comme la France et l’Italie et même à une puissance germano-centrée ou austro-centrée qui aurait retrouvé sa pleine souveraineté dans le centre de la presqu’île européenne.

Le volet géorgien du sommet de l’OTAN et les futurs échanges sur la Syrie et la présence iranienne en Syrie, entre Trump et Poutine, me paraissent les enjeux les plus intéressants de l’actualité qui se fait et se fera, aujourd’hui et demain, ici à Bruxelles. 

Robert Steuckers, Bruxelles, 11 juillet 2018.

samedi 7 juillet 2018

Newsletter de Synergies Européennes - 07 juillet 2018



Newsletter de Synergies Européennes – 07 juillet 2018


Après une absence de quelques semaines, voici une copieuse newsletter pour démarrer la saison des vacances estivales !

Si vous souhaitez lire plus d’articles encore, consultez la page d’Oncle Bob sur Google+ : Oncle Bob Robert Steuckers - Google+


En ordre inverse :

1)      Le Dossier Iurie Rosca pour la défense de cet homme politique moldave qui voulait faire de la capitale de son pays, Chisinau, le centre d’un anti-Davos et qui est persécuté par la justice à la solde de l’OTAN et de Soros. Avec le plaidoyer en sa faveur de la Société Jean Parvulesco et une brillante harangue de Laurent James.
2)      L’Appel de Paris en faveur de IURIE ROSCA.
3)      Le message de l’économiste française Valérie Bugault, en faveur de IURIE ROSCA. Mme Bugault a prononcé d’excellents discours à Chisinau et apporte son soutien à cette initiative.
4)      Un bref texte sur l’affirmation, par Trump, de la souveraineté et de l’hégémonie américaines dans l’espace.
5)      Un article de Marcello Veneziani sur la « solitude sidérale » de Julius Evola. Marcello Veneziani est une figure de proue de la nouvelle droite italienne.
6)      Un article de Nicolas Bonnal sur René Guénon et l’interminable crise de la modernité.
7)      Une étude sur la pensée de Nicolas Berdiaev par le philosophe canadien Thomas Bertonneau.
8)      Georges Feltin-Tracol signe une ample recension sur un livre méditant sur le destin de l’Europe.
9)      Le sommaire du n°408 du « Bulletin célinien » avec une recension de Marc Laudelout.
10)   Pierre-Emile Blairon signe un article sur les manipulations politiciennes que nous subissons.
11)   Marcello Veneziani signe un article sur Ernst Jünger, le posant comme le prophète annonçant le règne de l’esprit après l’effondrement du règne de la technique.
12)   Nicolas Bonnal rappelle les pages de Balzac qu’il convient de relire.
13)   Pierre-Emile Blairon commente la dernière fête de la musique à l’Elysée, particulièrement vulgaire et écoeurante, à l’image du pouvoir en place.
14)   Une note sur le gazoduc contesté par les Etats-Unis : le Nord Stream 2, reliant la Russie à l’Allemagne par la Baltique.
15)   Un article du journaliste autrichien Wyrwoll sur le destin des Cosaques du Don et de l’Ataman Krasnov.
16)   Un article particulièrement intéressant de Nicolas Bonnal sur Carl Schmitt et sa pensée tellurique, plus fondamentale finalement que son catholicisme car c’est elle qui détermine son catholicisme et non l’inverse.
17)   Guillaume Durocher, meilleur spécialiste des questions françaises et roumaines, ainsi que de l’antiquité classique, signe un article sur l’art du bon rhéteur dans l’antiquité.
18)   Une note sur Matteo Salvini qui entend faire de sa « Lega » un mouvement paneuropéen alternatif, en total porte-à-faux par rapport aux abjections idéologiques en place.
19)   Une note rappelant les propos du ministre russe des affaires étrangères qui accuse l’OTAN d’avoir entraîné la crise des réfugiés, après avoir bombardé la Libye et éliminé Khadafi.
20)   Une étude magistrale du Prof. Hans Köchler sur l’inanité et la perversité des sanctions qui frappent les ennemis déclarés des Etats-Unis et de l’abjection dominante.
21)   Le formidable « Presseschau » de chaque mois, offrant des dizaines d’articles tirés de la presse allemande.
22)   Une note sur le projet d’ouvrir une « route de la Soie » dans l’Arctique, raccourcissant considérablement la route entre l’Europe et l’Extrême-Orient.
23)   Michel Drac, avec la précision qu’on lui connaît, recense dans une vidéo un livre sur la ruée vers l’Europe, dû à la plume d’un journaliste britannique.
24)   Une étude historique du journaliste hongrois Erich Körner-Lakatos sur l’importance stratégique des champs pétrolifères roumains pendant les deux guerres mondiales.